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	<title>ERIC ANGENOT</title>
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	<description>Eric Angenot | sculptures, peintures, &#233;ditions</description>
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		<title>ERIC ANGENOT</title>
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		<title>Agress&#233; ou Agresseur. Texte de Isabelle Lema&#238;tre, 2010, paru dans Flux News</title>
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		<dc:creator>Eric Angenot</dc:creator>



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&lt;p&gt;Texte de Isabelle Lema&#238;tre &#224; propos de l'exposition &#224; la galerie Maia Muller, Paris, en 2010, paru dans Flux News &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a du malaise &#224; voir ces &#339;uvres. Je me sens agress&#233;e. Je m'attarde n&#233;anmoins. J'y d&#233;c&#232;le une part de jeu possible, y projette m&#234;me la forme d'un boomerang l&#224; o&#249; il s'agit de croix aux extr&#233;mit&#233;s arrondies et tout aussi lisses. C'est une pure extrapolation de ma part en r&#233;action sans doute &#224; un certain affolement qui me gagne. Deux s&#233;ries de pi&#232;ces d'Eric Angenot sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://ericangenot.net/Textes" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte de Isabelle Lema&#238;tre &#224; propos de l'exposition &#224; la galerie Maia Muller, Paris, en 2010, paru dans Flux News&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a du malaise &#224; voir ces &#339;uvres. Je me sens agress&#233;e. Je m'attarde n&#233;anmoins. J'y d&#233;c&#232;le une part de jeu possible, y projette m&#234;me la forme d'un boomerang l&#224; o&#249; il s'agit de croix aux extr&#233;mit&#233;s arrondies et tout aussi lisses. C'est une pure extrapolation de ma part en r&#233;action sans doute &#224; un certain affolement qui me gagne. Deux s&#233;ries de pi&#232;ces d'Eric Angenot sont pr&#233;sent&#233;es : les X auxquels je viens de faire allusion et les Modernist Survivors qui g&#233;n&#232;rent plus particuli&#232;rement cette peur panique &#8211; quoique rassembl&#233;es ainsi dans un petit espace, elles semblent toutes deux faire partie du m&#234;me attirail de guerre. Pourtant, ces formes difformes et souvent noires en ce qui concerne les secondes, tant&#244;t trou&#233;es pour recevoir une cha&#238;ne par-ci, un harnais par-l&#224;, tant&#244;t articul&#233;es en diff&#233;rents bras pointus, aux allures de m&#233;tal lourd et d'outillage mi sado-masochiste, mi punky dangereux, proviennent d'une observation de la nature, du corail, du phytoplancton ou des acariens qui se composent de ces structures alv&#233;ol&#233;es ou tentaculaires au regard de la lentille &#233;lectronique. Quoi de plus pacifique ? Malgr&#233; cela, elles ont beau s'&#233;toffer d'une d&#233;calcomanie en forme de rose ou d'un ruban de ton oranger, de ceux qui retiennent les cheveux ou qui absorbent la transpiration du poignet, ceci ne fait qu'ajouter au caract&#232;re pervers de l'objet. Et &#224; la galerie Twenty-One (jeune galerie parisienne), l'abondance de ces &#171; organismes mutants &#187; fait qu'ils envahissent l'espace et prennent de cours le visiteur qui voudrait s'en r&#233;chapper. Puisqu'ils gravitent m&#234;me sur la vitrine, l'artiste leur ayant invent&#233; un support sous forme de ventouse, qui les arrime &#224; la fen&#234;tre. Cet ensemble d&#233;nomm&#233; Spectre constitue une variante originale et nouvelle aux Modernist Survivors dont ils ont conserv&#233; le style, si pas le format (plus petit) et pas non plus, le m&#234;me type de visibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, gardons &#224; l'esprit que ces &#171; objets machines &#187; &#224; fort caract&#232;re anim&#233; appartiennent toujours au champ de la peinture. Il est bon &#224; ce stade, de le rappeler (en plus que cela rassure encore une fois). Parce que l'artiste en vient (il a peint pr&#233;c&#233;demment). Parce qu'il s'y r&#233;f&#232;re (certaines &#339;uvres apparent&#233;es portent en titre les pr&#233;noms d'artistes de l'art moderne). Parce que les &#339;uvres sont manifestement peintes &#224; la main par l'artiste, et &#224; main lev&#233;e. On en a pour preuve que les X pr&#233;sentent un revers inachev&#233; avec quelques coups de pinceau &#233;pars (et une signature). Ce ne sont en rien des objets manufactur&#233;s, anonymes, destin&#233;s &#224; la grande consommation, pas non plus des produits d&#233;riv&#233;s. Chaque forme a d'ailleurs une histoire particuli&#232;re en lien avec les d&#233;placements et les accidents rencontr&#233;s au quotidien par son auteur. Et les &#339;uvres v&#233;hiculent une v&#233;rit&#233; subjectiv&#233;e &#8211; qui est au principe de l'&#339;uvre d'art. Quelle est-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses frappent, donc. D'abord, l'angoisse qui jaillit de ces &#339;uvres plastiques et la peur profonde qu'elles r&#233;veillent &#8211; dont se r&#233;clame absolument l'artiste. Ensuite, avec Spectres, leur visibilit&#233; de partout. De l'int&#233;rieur, de l'ext&#233;rieur de la galerie. C'est-&#224;-dire leur omnipr&#233;sence qui ajoute &#224; leur caract&#232;re inqui&#233;tant. Voire leur capacit&#233; m&#233;taphorique &#224; tout voir si d'aventure, elles se transformaient en machine pas seulement rampante et physiquement mena&#231;ante, mais voyante (et tout aussi hostile) comme l'induit leur accrochage &#224; la fen&#234;tre. &#192; la vitrine, elles acqui&#232;rent une dimension voyeuriste. &#192; force, on se sent agress&#233; mais pas loin de devenir agressif. Ou bien d'&#234;tre pr&#233;sum&#233; agresseur a priori. Cela rejoint la th&#232;se que soul&#232;ve G&#233;rard Wajcman dans son tout r&#233;cent livre L'&#339;il absolu (Deno&#235;l, Paris, 2010). Parlant de la cam&#233;ra de surveillance et du syst&#232;me CCTV (Closed Circuit Television), des satellites qui peuvent nous situer o&#249; que nous soyons &#224; quoi il ajoute les progr&#232;s immenses en mati&#232;re d'imagerie m&#233;dicale, il d&#233;c&#232;le une nouvelle soci&#233;t&#233; hypermoderne o&#249; toute personne est d&#233;sormais vue, visible et transparente aux yeux de Big Brother. Une terra incognita de l'histoire. Un climat insupportable &#224; faire de tout &#234;tre un sujet d&#233;muni de toute intimit&#233; et suppos&#233; coupable avant de commencer (bonjour la parano&#239;a, ne manque pas d'ajouter Wajcman). Car d&#232;s lors que nous sommes film&#233;s &#224; tous les coins de rue, que nous sommes rep&#233;rables &#224; tout moment par la voie des satellites qui tapissent notre ciel, que notre pupille est enregistr&#233;e par cam&#233;ra &#233;lectronique lors de notre passage en douane, que notre image entre sur tous les fichiers de la cr&#233;ation, il va sans dire que la tranquillit&#233; est troubl&#233;e (plus que le contraire) et que notre innocence est insidieusement mise en doute. Il me semble que le degr&#233; de violence contenue par l'&#339;uvre d'Eric Angenot associ&#233; au d&#233;cuplement visuel qui caract&#233;rise Spectre rejoint de pr&#232;s ou de loin la pens&#233;e de Wajcman au sujet d'une multivision d&#233;j&#224; op&#233;rationnelle qui fait de chacun de nous un pr&#233;sum&#233; suspect. Non que les Spectres &#224; la fen&#234;tre deviennent &#224; proprement parler des cam&#233;ras de surveillance. Mais ils en d&#233;tiennent tout de m&#234;me pas mal de vertus : en tant qu'&#339;uvre d'art dont le propre est &#171; qu'elle se donne &#224; voir et qu'elle regarde &#187;, avec une ventouse ronde qui fait &#339;il ou objectif, accroch&#233;s &#224; la fen&#234;tre o&#249; ils redoublent leur puissance visuelle (une fen&#234;tre, c'est du regard), en face d'un mur de rue o&#249; il n'y aurait rien d'&#233;trange &#224; trouver une cam&#233;ra de surveillance de la ville de Paris. Et d'en prendre certains traits, Spectre &#233;tofferait l'engin per&#231;u pour anodin, de sa part d'&#233;pouvante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rard Wajcman, L'&#339;il absolu, Paris, Editions Deno&#235;l, 2010, 320 p. (20&#8364;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ouvrage &#233;crit par le psychanalyste le plus lumineux &#224; l'&#233;gard notre rapport visuel aux &#234;tres et aux choses, fait &#233;tat d'une soci&#233;t&#233; qui d&#233;veloppe un &#171; tout voir &#187; technologique, scientifique et politique redoutable. Il en d&#233;gage ses effets ravageurs sur le &#171; sujet &#187; en voie de perdre son droit au cach&#233; et donc, &#224; l'intime, de devenir pure image et au final, de se vider de sa substance (tant on lui d&#233;robe m&#234;me ce qui fait myst&#232;re &#224; lui-m&#234;me). L'auteur connu pour cr&#233;diter l'art en g&#233;n&#233;ral et les artistes contemporains en particulier, s'appuie moins sur cette mati&#232;re pour d&#233;velopper son propos que sur les applications m&#233;dicales en laboratoire (IRM) ou le d&#233;ferlement de la Full Vision dans les villes (via Google Earth par exemple) ainsi que sur une analyse de films et de s&#233;ries am&#233;ricaines qui abondent de v&#233;rit&#233;s prospectives en ce sens, dont : Oz, s&#233;rie de Tom Fontana (1997-2003), The Wire tir&#233; de la tr&#232;s longue s&#233;rie Law and Order de David Simon et Ed Burns (2002-08), The Bourne Ultimatum de Paul Greengrass (2007), Minority Report de Steven Spielberg (2002). Cette analyse percutante et hautement document&#233;e qui progresse dans un tr&#232;s agr&#233;able jeu d'&#233;criture en spiral, ne manque pas de faire le point sur l'encha&#238;nement des catastrophes que furent la Grande Guerre, la Shoah &#224; quoi Wajcman ajoute le 11 septembre, dont il rep&#232;re successivement un &#171; impossible &#224; dire &#187;, puis un &#171; impossible &#224; dire qui se montre &#187; et enfin, ajoute-t-il, &#171; un impossible &#224; ne pas voir &#187;. Au sujet des Twin Towers en effet, il n'y a plus rien de cach&#233;, ni d'irrepr&#233;sentable mais du r&#233;el qui se r&#233;duit &#224; de l'image. Voil&#224; ce vers quoi tend l'id&#233;ologie du 21e s. et son nouveau pouvoir de l'hypervisible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Spectres. Entretien avec Aur&#233;lien Colas. 2011. Entretien portant sur la s&#233;rie &#034;Spectres&#034; et sur le travail r&#233;cent.</title>
		<link>http://ericangenot.net/Spectres-Entretien-avec-Aurelien</link>
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		<dc:date>2012-09-04T16:22:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Angenot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parasitant la transparence des baies vitr&#233;es, ces sculptures &#224; ventouse, aux formes organiques - machiniques, se manifestent par une pr&#233;sence troublante dans notre champ de vision p&#233;riph&#233;rique, et jouent comme un filtre subjectif sur la perception du monde ext&#233;rieur. Dans cette s&#233;rie, j'&#233;voque des angoisses fondamentales, des sentiments enfouis qui n'apparaissent que de temps &#224; autre &#224; la surface de la conscience. Il s'agit de produire une rencontre entre des mat&#233;riaux synth&#233;tiques, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://ericangenot.net/Textes" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parasitant la transparence des baies vitr&#233;es, ces sculptures &#224; ventouse, aux formes organiques - machiniques, se manifestent par une pr&#233;sence troublante dans notre champ de vision p&#233;riph&#233;rique, et jouent comme un filtre subjectif sur la perception du monde ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette s&#233;rie, j'&#233;voque des angoisses fondamentales, des sentiments enfouis qui n'apparaissent que de temps &#224; autre &#224; la surface de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de produire une rencontre entre des mat&#233;riaux synth&#233;tiques, embl&#233;matiques du mat&#233;rialisme contemporain, et des formes plus primitives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je puise mon inspiration dans les micro-organismes (acariens, phytoplanctons, etc.) mais aussi dans les entrelacs de v&#233;g&#233;tation pourrissante des for&#234;ts du nord qui prennent des allures mena&#231;antes &#224; la nuit tombante et r&#233;veillent des peurs ancestrales. &lt;br class='autobr' /&gt;
E.A. 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Transformations.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec Aur&#233;lien Collas r&#233;alis&#233; autour des pi&#232;ces de la s&#233;rie &#8220;spectres&#8221;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour cette s&#233;rie Spectres, Quels mat&#233;riaux utilises-tu ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'utilise que des mat&#233;riaux synth&#233;tiques. A partir de mat&#233;riaux issus de l'industrie, je produits des objets qui renvoient &#224; des formes naturelles ou &#224; une culture animiste pr&#233;industrielle. Je cherche &#224; cr&#233;er des sortes d'objets transitionnels, des objets cultuels non religieux, des objets charg&#233;s d'autre chose que le mat&#233;riau qui les compose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avec quels outils travailles-tu ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je travaille avec des outils tr&#232;s diff&#233;rents qui vont du crayon &#224; la scie sauteuse et la d&#233;fonceuse, ou a la machine &#224; coudre, en passant par les pinceaux ou le pistolet. J'aime que les pi&#232;ces soient le r&#233;sultat d'une suite de t&#226;ches vari&#233;es. J'aime que derri&#232;re l'apparente coh&#233;rence formelle d'une pi&#232;ce, il y ait une accumulation de t&#226;ches, de modes de travail, et de moments tr&#232;s diff&#233;rents. Des moments tr&#232;s calme et tr&#232;s concentr&#233;s, mais aussi des moments de force, de fureur, de bruit, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu r&#233;alises toi-m&#234;me tes pi&#232;ces ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui parce qu'en r&#233;alisant les pi&#232;ces moi-m&#234;me, Je peux laisser intervenir le hasard &#224; chaque moment, donc laisser une place plus forte &#224; l'inconscient et me laisser surprendre par les choses qui &#233;mergent. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime aussi le c&#244;t&#233; magique et un peu d&#233;miurge de transformer les mat&#233;riaux, de leur faire dire des choses singuli&#232;res. Et je crois en la puissance de la forme, de la transformation (le mot le dit bien) de la r&#233;invention de soi-m&#234;me par les formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de &#231;a c'est aussi un rapport au monde, je construis moi-m&#234;me ma maison ou mon atelier, je cultive mon jardin, etc.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc tu ne travailles pas &#224; partir de projets pr&#233;&#233;tablis ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, en un sens, je remplis des carnets de dessins, mais ces dessins ne sont pas des projets pr&#233;cis, ce sont plut&#244;t des pistes potentielles, ou une &#233;valuation des potentialit&#233;s des formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je passe au travail sculptural, je suis nourri du travail en carnet, et j'improvise &#224; partir de l&#224;. Je trace h&#226;tivement des dessins sur les panneaux de MDF, puis je d&#233;coupe &#224; la scie sauteuse et j'agence les pi&#232;ces d&#233;coup&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a aussi une part de rencontre entre des &#233;l&#233;ments, formes, couleurs, mat&#233;riaux. Certaines formes naissent de la volont&#233; d'utiliser certains mat&#233;riaux, par exemple, si je veux utiliser de la fourrure, ou des liens, je dois pr&#233;voir une place sur la sculpture et donc anticiper cette place dans la d&#233;coupe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour une s&#233;rie comme Spectres, je r&#233;alise la premi&#232;re pi&#232;ce, puis je teste une multitude de possibilit&#233;s &#224; partir de l&#224; en gardant quelques param&#232;tres (taille approximative, gamme de couleurs, choix de mat&#233;riaux, &#8230;) &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment s'op&#232;re le choix des couleurs dans ton travail ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La couleur a une grande importance pour moi. Dans la s&#233;rie Spectres, j'ai travaill&#233; une gamme de couleurs relativement fonc&#233;e, car ces pi&#232;ces sont visibles en contre-jour et je voulais renforcer le c&#244;t&#233; ombre parasite. Ce sont surtout des gris teint&#233;s, des couleurs ind&#233;finissables, j'aime les couleurs dont on arrive pas &#224; dire avec certitude ce qu'elles sont. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais chaque projet a sa propre logique de couleur. Dans la premi&#232;re s&#233;rie des Modernist Survivors, c'&#233;tait le kaki, et les motifs camouflage. Dans une s&#233;rie r&#233;cente, je ne travaille que le blanc, en r&#233;f&#233;rence &#224; la couleur du white cube et pour donner &#224; ces pi&#232;ces le plus possible de discr&#233;tion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans mes derni&#232;res peintures, les couleurs, appliqu&#233;es au pistolet, se recouvrent les unes les autres jusqu'&#224; ce qu'on ne puisse plus les distinguer s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ton travail est plut&#244;t sculptural, mais tu te r&#233;f&#232;res souvent &#224; la peinture.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, je suis fondamentalement peintre, la peinture occupe mon esprit en permanence, et en un sens, mes sculptures sont une prolongation d'une r&#233;flexion sur la peinture et sur l'autonomie du support. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma pratique de la sculpture est venue d'une volont&#233; de sortir de l'espace de projection de la toile pour investir l'espace r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui je recommence &#224; travailler en peinture avec l'exp&#233;rience de la sculpture, et donc une approche diff&#233;rente de celle qui &#233;tait la mienne pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au-del&#224; de ce rapport peinture-sculpture, tu d&#233;fends une notion d'hybridation dans ton travail.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, c'est tr&#232;s important pour moi d'&#233;chapper aux cat&#233;gories, de produire des choses difficilement situables, des hybrides. La soci&#233;t&#233; occidentale s'est construite sur des oppositions binaires telles que nature/culture, humain/animal, homme/femme, humain/machine, etc.&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense qu'il y a un vrai enjeu politique et culturel &#224; casser ces oppositions binaires, &#224; &#233;laborer des mani&#232;res de penser plus complexes et sensibles. C'est l'objet de ce magnifique texte de Donna Haraway, le Cyborg-Manifesto, qui reste pour moi un vrai outil de pens&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me sens prisonnier des modes de pens&#233;e dominants, et mon travail est une tentative de casser les clivages et de cr&#233;er des choses singuli&#232;res qui puissent &#233;chapper &#224; des cat&#233;gories trop contraignantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que le rapport de tes sculptures &#224; l'espace d&#233;coule de cette hybridation ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne pose jamais mes sculptures sur des socles. J'aime qu'elles aient leur existence propre, autonome. J'aime qu'elles soient probl&#233;matiques &#224; accrocher. J'aime que leur pr&#233;sence m&#234;me soit probl&#233;matique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, chaque sculpture incarne une mani&#232;re d'&#234;tre au monde. Certaines pi&#232;ces peuvent &#234;tre discr&#232;tes, &#224; la limite du visible, d'autres peuvent &#234;tre tr&#232;s invasives.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'observe beaucoup les esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales et les rapports de leurs morphologies &#224; l'espace environnant. Certaines de mes pi&#232;ces se d&#233;veloppent au sol et g&#234;nent la d&#233;ambulation dans l'espace, d'autres s'accrochent au plafond, d'autres encore, comme les Spectres, se ventousent aux baies vitr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire de la sculpture, c'est automatiquement &#234;tre confront&#233; &#224; des probl&#233;matiques d'espace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'espace est une probl&#233;matique violente. L'espace est rare, l'espace est cher, l'espace vide est devenu la figure supr&#234;me du luxe, et dans un m&#234;me temps des familles s'entassent dans des pi&#232;ces minuscules. Toute sculpture porte en elle cette part de violence et de responsabilit&#233; qui est d'occuper une part d'espace. Et faire de la sculpture, c'est se confronter en permanence &#224; cette probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tes pi&#232;ces &#233;voquent parfois une esth&#233;tique sado-maso, y- a-t-il une raison ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines de mes pi&#232;ces comprennent des cha&#238;nes ou des sangles, des pointes, etc.,&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, c'est une mani&#232;re de marquer les objets, de les rendre non neutres, d'&#233;viter la sympathie, qui peut faire basculer la sculpture vers le gadget dans une soci&#233;t&#233; d'hyperproduction d'objets &#171; sympas &#187; . C'est aussi une dimension m&#233;taphorique des rapports de force dans le monde de l'art, et dans la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, c'est-&#224;-dire, des rapports de domination- soumission , d'instrumentalisation consentante. Je me souviens d'un texte de Foucault qui dit que tout pouvoir prolonge, r&#233;p&#232;te, int&#232;gre la guerre tout en la cachant. Ce que je cherche &#224; faire dans mon travail, c'est simplement de ne pas la cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Consid&#232;res-tu que tes sculptures parlent du corps ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, le rapport au corps est fondamental pour moi, mais ce qui m'int&#233;resse n'est pas la repr&#233;sentation du corps. C'est de produire des sortes de corps &#233;trangers, de cr&#233;er les conditions d'une rencontre avec l'alt&#233;rit&#233;. C'est ce qui m'int&#233;resse dans le monde animal, v&#233;g&#233;tal, min&#233;ral, c'est aussi ce qui m'int&#233;resse en art. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je cherche &#224; produire des formes qui parlent du corps, mais en dehors des conceptions pr&#233;&#233;tablies du corps, en dehors du corps format&#233; par le langage. Je reviens &#224; cette id&#233;e de transformation, j'aime travailler l'id&#233;e du corps dans une transformation, un devenir au sens Deleuzien du terme. Un devenir plante, un devenir machine, un devenir animal, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu as dit que la for&#234;t avait &#233;t&#233; une source d'inspiration pour Spectres ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, la for&#234;t reste une de mes sources d'inspiration principales, c'est un espace chaotique et fondamental, accueillant et hostile dans un m&#234;me temps, un espace d'immersion, peupl&#233; de formes &#233;tranges et famili&#232;res. Chaque fois que je remets les pieds dans les for&#234;ts de l'Hertogenwald ( r&#233;gion d'o&#249; je suis originaire), je me sens comme un animal enrag&#233;. C'est comme une part d'animalit&#233; disparue qui refait surface, je redeviens hypersensible aux parfums de la v&#233;g&#233;tation, &#224; l'odeur de la moisissure, au moindre bruissement de feuillage. J'ai d&#251; &#234;tre un sanglier dans une vie ant&#233;rieure. Par rapport &#224; &#231;a, ma vie dans l'environnement urbain est une sorte de coupure radicale, un exil, mais cet exil me rend productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien avec C&#233;cilia Bezzan. Avril 2007. Entretien autour des s&#233;ries &#034;Modernist Survivors&#034;et &#034;Organismes&#034;r&#233;alis&#233; &#224; l'occasion du catalogue &#034;Modernist Survivors&#034;. </title>
		<link>http://ericangenot.net/Entretien-avec-Cecilia-Bezzan</link>
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		<dc:date>2007-06-08T15:15:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Angenot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les sculptures que con&#231;oit et r&#233;alise Eric Angenot engendrent le trouble et interrogent &#224; plus d'un titre. Qu'il s'agisse de la s&#233;rie intitul&#233;e Modernist Survivors constitu&#233;e de formes d'une &#233;nigmatique agressivit&#233;, d'Elements, sortes de pi&#232;ces de puzzle modulables ou encore d'Organismes, objets issus potentiellement d'une r&#233;alit&#233; virtuelle &#224; mi-chemin entre l'organe et la machine. L'ambigu&#239;t&#233; m&#234;me de leur surface intrigue. Outre la neutralit&#233; de la couleur employ&#233;e pour Elements, le choix (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://ericangenot.net/Textes" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les sculptures que con&#231;oit et r&#233;alise Eric Angenot engendrent le trouble et interrogent &#224; plus d'un titre. Qu'il s'agisse de la s&#233;rie intitul&#233;e Modernist Survivors constitu&#233;e de formes d'une &#233;nigmatique agressivit&#233;, d'Elements, sortes de pi&#232;ces de puzzle modulables ou encore d'Organismes, objets issus potentiellement d'une r&#233;alit&#233; virtuelle &#224; mi-chemin entre l'organe et la machine. L'ambigu&#239;t&#233; m&#234;me de leur surface intrigue. Outre la neutralit&#233; de la couleur employ&#233;e pour Elements, le choix de recouvrement par la peinture induit un sens contradictoire aux autres s&#233;ries. Parfois d&#233;fini par des formes d'apparence ac&#233;r&#233;es, Modernist Survivors simule l'engin guerrier et joue volontiers du camouflage. Alors que les poign&#233;es et les cha&#238;nettes d'acier appellent &#224; leur pr&#233;hension corps &#224; corps, des syst&#232;mes de protection rapport&#233;s (coudi&#232;res, grillage, casque, harnais) et quelques fois le tatouage de fleurs &#224; vertu m&#233;dicinale signent de mani&#232;re &#233;quivoque leur force et leur potentielle fragilit&#233;. Comme le nom l'indique, Organismes renvoie plus distinctement au genre vivant. Mais lequel pr&#233;cis&#233;ment ? On pense les objets issus d'une r&#233;alit&#233; parall&#232;le, telle que racont&#233;e dans la trilogie des fr&#232;res Wachowski, Matrix, mieux, par le film de Cronenberg, eXistenZ. A la couleur chair et parfois vein&#233;e ne manque que le soubresaut de vie. Plus on les regarde plus le doute s'installe car eux aussi se dotent de cha&#238;nettes et autres poign&#233;es... &lt;br class='autobr' /&gt;
La discussion r&#233;cemment men&#233;e avec Eric Angenot permet de lever le voile sur l'ambigu&#239;t&#233; esth&#233;tique des &#339;uvres et tente d'&#233;clairer au mieux leurs pr&#233;occupations sociales et identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cilia Bezzan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Discussion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cilia Bezzan : Que se passe-t-il ? Tu as bascul&#233; de la peinture vers la sculpture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Angenot : Le rapport &#224; l'espace a toujours &#233;t&#233; pr&#233;sent dans ma d&#233;marche, m&#234;me lorsque je peignais des images. J'ai toujours &#233;t&#233; int&#233;ress&#233; par les interactions entre la peinture et l'espace d'exposition, telles que pratiqu&#233;es par les N&#233;o-G&#233;o, entre autres. Par ailleurs, je fabriquais moi-m&#234;me des ch&#226;ssis de formes ou de formats tr&#232;s sp&#233;cifiques. Le glissement vers la sculpture s'est donc produit tout naturellement dans le d&#233;sir croissant d'ind&#233;pendance de la forme peinte. Avec la s&#233;rie Elements, j'ai travaill&#233; l'&#233;clatement de la surface depuis des mod&#232;les g&#233;om&#233;triques ou organiques (parasites du bois, cristallisations, destructions diverses). Modernists Survivors en a d&#233;riv&#233;. J'avais ouvert une sorte de vaste chantier, puis, &#224; un moment pr&#233;cis, le processus a commenc&#233; &#224; faire s&#233;rie, c'est-&#224;-dire qu'une pi&#232;ce en a amen&#233; une autre et j'ai eu l'envie d'aller plus loin, de basculer vers la sculpture, vers la forme autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : De mani&#232;re assez &#233;tonnante chacune des sculptures de Modernist Survivors poss&#232;de un pr&#233;nom, alors que celles d'Organismes renvoient &#224; des &#233;tats d'&#234;tre. A quoi cela fait-il &#233;cho ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : Les deux s&#233;ries proviennent de la m&#234;me matrice. Organismes &#233;tait au d&#233;part une sorte de journal de bord proc&#233;dant d'une logique de travail proche de l'autoportrait non nominatif. Chacune de ces pi&#232;ces correspondait &#224; un avatar, un reflet d'&#233;tats d'&#226;me, une mani&#232;re de se sentir et d'&#234;tre au monde, ... Dans cette s&#233;rie le rapport au corps est plus efficient ne fut-ce que par la couleur chair et les intitul&#233;s (Real man, Hypersensitive, Alive&amp;Tired, Naked, Stress). Je me souviens, par exemple, que Real Man a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans l'&#233;nergie et la rapidit&#233; du geste, qui co&#239;ncidait &#224; un besoin d'expression quasi instantan&#233;e. Ces pi&#232;ces traitent &#233;galement de l'id&#233;e du vieillissement, de la chute de l'id&#233;al du corps. Sans en parler de fa&#231;on abrupte, les sculptures incarnent v&#233;ritablement un quotidien empreint de r&#233;flexions existentielles, traduites sous formes d&#233;riv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : L'intitul&#233; Modernists Survivors est tr&#232;s &#233;vocateur. Que signifie-t-il au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : De mon point de vue, Modernists Survivors proc&#232;de de la filiation avec les formes de la Modernit&#233;. Je me suis beaucoup nourri des formes travaill&#233;es par Picasso ou celles issues des dessins de L&#233;ger. Par exemple, lorsque Picasso bascule dans l'abstraction, il est toujours en ad&#233;quation avec le corps. De m&#234;me chez L&#233;ger, je trouve extr&#234;mement contemporains certains &#233;l&#233;ments du langage formel des ann&#233;es 20-30. Je pense particuli&#232;rement aux dessins, o&#249; il produit une symbiose entre le machinique et l'organique en articulant des clefs, des feuilles de houx, des racines et des boulons. Je n'y ai pas vu les principes d'une Modernit&#233; radicale mais bien ceux d'un esprit laboratoire, non &#233;loign&#233;s de pr&#233;occupations existentielles et identitaires. Ces r&#233;f&#233;rences &#233;taient tr&#232;s proches de moi mais je ne les percevais pas dans le questionnement de l'art qui m'entourait. J'avais donc besoin de me confronter &#224; la qualit&#233; intrins&#232;que du discours moderne, ce qui m'a pouss&#233; &#224; m'interroger sur la mani&#232;re dont je pouvais me r&#233;approprier certains &#233;l&#233;ments de sa grammaire formelle, tout en respectant et en d&#233;fendant ceux de ma culture contemporaine underground, aussi vari&#233;s que la culture techno, rock ou les comics. Il s'est donc produit une sorte de mixage. Les pr&#233;noms employ&#233;s pour Modernists Survivors se r&#233;f&#232;rent donc aux grands noms de l'histoire de la Modernit&#233;, tels que Theodor Adorno, Frank Stella, Barbara Hepworth, etc. Il ne s'agit aucunement d'un hommage mais d'un processus de filiation, une transformation sans persistance pr&#233;textant la juste pr&#233;sence d'un lien t&#233;nu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : Parlons maintenant de la capacit&#233; de la forme &#224; s'exprimer au-del&#224; de son statut. Malgr&#233; leur aspect &#233;nigmatique, je trouve que tes sculptures engagent au dialogue assez distinctement. La potentialit&#233; du registre m&#233;taphorique impacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : J'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233; au contact de l'id&#233;al moderne social-d&#233;mocrate, qui &#233;tait un mod&#232;le fort. Lorsque tout s'est &#233;croul&#233; vers la fin des ann&#233;es 80 avec la chute du mur de Berlin puis le d&#233;clin des grandes id&#233;ologies, le doute s'est d&#233;finitivement introduit dans la croyance moderniste pour provoquer des changements tr&#232;s profonds de syst&#232;mes de valeurs. Sans pour autant me prononcer sur les effets postmodernes, j'ai int&#233;gr&#233; la rupture de cette stabilit&#233;, ce qui continue de me questionner. Comment reconstruire un syst&#232;me viable de valeurs dans la complexit&#233; du monde actuel ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le moment o&#249; la peinture quittait la surface plane pour devenir une surface de recouvrement de volume, je me suis interrog&#233; sur la mani&#232;re dont l'apparence pouvait renforcer ou contredire une structure. En d'autres termes, si l'on d&#233;place le sujet &#224; la sph&#232;re humaine, comment l'apparence du jeu social contredit-elle ou non la personne que l'on est vraiment ? Quelle est l'importance des id&#233;es que l'on d&#233;fend, de ce que l'on place entre soi et les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : Avant d'&#234;tre &#171; modernes &#187;, les formes que tu produis sont issues de la nature. C'est notre condition d'&#234;tre &#171; cultur&#233; &#187;, qui r&#233;pertorie, connote historiquement et culturellement les choses. Sinon, l'impression qu'elles procurent a trait &#224; l'objet futuriste digne de SF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : Il n'y a pas de lecture univoque mais &#233;quivoque de mon travail. Bien que les r&#233;f&#233;rences soient multiples, le processus d'analyse se rapprocherait d'un mode de navigation &#224; vue, qui int&#233;grerait toutefois certains codes. Les formes se cherchent et ambitionnent des registres contradictoires. La position d'entredeux m'int&#233;resse : entre la peinture et la sculpture, entre l'abstraction et la figuration. Je d&#233;fends la richesse des rencontres entre les disciplines, celles de mixage entre un vocabulaire moderne et un vocabulaire issu des contre-cultures ou micro-cultures. L'ind&#233;finition que provoque la friction des registres est assur&#233;ment captivante. A la fois, la forme existe mais id&#233;ologiquement on ne sait pas o&#249; la situer. Le trouble moral m'int&#233;resse de surcro&#238;t ; ses potentialit&#233;s imaginaires et l'ambigu&#239;t&#233; qu'il g&#233;n&#232;re aussi. L'&#233;poque de laquelle je viens &#233;tait tr&#232;s moraliste et dans ma g&#233;n&#233;ration, on n'avait pas les moyens de tenir cette morale. Pour moi, ces pi&#232;ces mat&#233;rialisent une dialectique des minorit&#233;s. Bien qu'elles aient une certaine uniformit&#233;, elles sont chacune diff&#233;rente, chaque pi&#232;ce et chaque habillage sont diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : Modernist Survivors poss&#232;de cette r&#233;elle part d'ambigu&#239;t&#233;, sur laquelle il est difficile de trancher, ce qui est assez perturbant. Est-on en face d'&#233;l&#233;ments de d&#233;fense ou d'agression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : Cette ambigu&#239;t&#233; est vraiment fondamentale. La forme est g&#233;n&#233;r&#233;e par la n&#233;cessit&#233; de se prot&#233;ger, &#233;nonc&#233;e par les &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs rapport&#233;s : coudi&#232;res, genouill&#232;res, grille de protection, harnais, etc. Or l'agression n'est-elle pas elle-m&#234;me d&#233;fensive ? Les sculptures envisagent comment la n&#233;cessit&#233; de protection peut compl&#232;tement modifier une structure, comment aussi des choses ext&#233;rieures parviennent &#224; bouleverser l'int&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a aussi ces camouflages (le pluriel est important, tant il en existe d'aspects diff&#233;rents), qui recouvrent tous les Modernist Survivors. Les premiers camouflages, tels qu'on les conna&#238;t aujourd'hui, ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s aux alentours de la premi&#232;re guerre mondiale. Ils sont contemporains des avant-gardes artistiques. D'ailleurs, de nombreux artistes ont travaill&#233; &#224; leur &#233;laboration. Dans notre culture contemporaine, le camouflage traverse divers milieux et id&#233;ologies, il se retrouve aussi bien sur les pochettes de rap que chez les travelers, chez les chasseurs ou sur de la maroquinerie fashion. Cette difficult&#233; d'identification de l'id&#233;ologie &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re l'apparence m'int&#233;resse. Dans mon travail, certaines pi&#232;ces, grandes et agressives, en c&#244;toient d'autres, petites et arrondies, toutes sont recouvertes de ces patterns camouflage. Les formes et leur habillage ont valeur m&#233;taphorique pour pointer le fonctionnement social de nos soci&#233;t&#233;s. On est tous socialement oblig&#233;s de se battre mais on ne le fait pas &#224; armes &#233;gales. Et qu'est ce qu'un combat aujourd'hui par rapport aux combats collectifs des grands moments du XXe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : Tes sculptures n'ont pas de mode de pr&#233;sentation d&#233;fini. Il est possible de les accrocher au mur, de les pendre au plafond, de les d&#233;poser par terre ou de les pr&#233;senter sur un socle, ce qui, selon moi, d&#233;termine de mani&#232;re factuelle leur autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : Il n'y a effectivement pas de mode id&#233;al d'exposition. Toute l'ambigu&#239;t&#233; du travail s'exprime aussi par l&#224;. Si les sculptures ne connaissaient qu'un seul mode de pr&#233;sentation, elles seraient comme b&#226;illonn&#233;es, ce qui contredirait leur potentiel d'appropriation. D'une certaine mani&#232;re, cela concerne aussi l'aspect &#233;quivoque &#171; agression - d&#233;fense &#187; : parce que les sculptures ne savent pas comment s'exposer, elles formulent une sorte de g&#233;n&#233;rosit&#233;, venant contrebalancer le contenu et ses significations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : Au regard de ta production, certaines formes basculent dans le design. Parfois, j'ai l'impression de me retrouver face &#224; un &#233;conome made by Alessi qui aurait mut&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : (Rires). Oui, je vois. Dans un sens, la logique domestique n'est pas &#233;loign&#233;e. Le rapport au design m'int&#233;resse dans ce qu'il g&#233;n&#232;re comme ind&#233;finition, sans doute li&#233;e au contexte actuel de m&#233;tamorphose des valeurs individuelles et d'indiff&#233;renciation. La place occup&#233;e par le design dans le quotidien et le type de contemporan&#233;it&#233; induite sont tr&#232;s importants. Aujourd'hui, le minimalisme a &#233;t&#233; absorb&#233; par le design et Ikea vend des monochromes en kit. Les arguments d'une culture artistique pointue se retrouvent raval&#233;s au rang de faire-valoir d&#233;coratifs, synonymes du bon go&#251;t culturel et esth&#233;tique. Il s'agit l&#224; d'une transformation culturelle significative. Petit &#224; petit, l'apparence d'une biens&#233;ance esth&#233;tique s'installe dans les demeures selon une p&#233;riodicit&#233; acharn&#233;e et ing&#232;re tout ce qui &#233;tait de l'ordre des contre-cultures fortes. L'instauration de codes de &#171; savoir vivre &#187; est tellement pr&#233;gnante que l'aspect factice qui s'en d&#233;gage est assez flippant, comme s'il s'agissait d'une sorte de &#171; fascisme amical &#187;. En m'interrogeant sur la mani&#232;re dont certaines valeurs artistiques extr&#234;mement r&#233;sistantes &#233;taient int&#233;gr&#233;es en termes de marchandises, j'ai trouv&#233; int&#233;ressant de produire des formes, qui citent le design en refusant la fonctionnalit&#233;. Des formes qui s'assument d&#233;lib&#233;r&#233;ment comme exc&#233;dentaires et probl&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CB : Au-del&#224; de la possibilit&#233; &#233;vocatrice d'un design d&#233;g&#233;n&#233;rescent rendant la fonction obsol&#232;te, produis-tu de la fiction ? Je prends pour exemple, Barbara de la s&#233;rie Modernist Survivors. L'oeuvre proc&#232;de autant de la logique d'un cheval &#224; bascule d&#233;structur&#233; pr&#233;textant du d&#233;senchantement d'une enfance guerri&#232;re que d'un module qui fictionne, alors que l'&#233;glantine blanche tatou&#233;e lui conf&#232;re un signe distinctif venant l'humaniser et g&#233;n&#232;re le trouble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EA : Les pi&#232;ces ne sont pas narratives mais leur potentialit&#233; &#224; produire de la fiction m'int&#233;resse. Plac&#233;es dans un environnement quotidien, elles se situent difficilement : De quoi s'agit-il ? D'o&#249; viennent-elles ? A quoi servent-elles ? Les r&#233;ponses sont nombreuses et diffuses. Il s'instaure un doute, qui op&#232;re un glissement entre la r&#233;alit&#233; et un monde fantasmatique. La proximit&#233; des objets qui nous entourent coupl&#233;e au caract&#232;re d'ind&#233;finition est importante. Je trouve int&#233;ressantes les interactions entre la sculpture et son espace environnant, contrairement &#224; la peinture o&#249; elles sont quasi inefficientes vu son isolement dans la plan&#233;it&#233;. L'ambigu&#239;t&#233; r&#233;sultant de ce statut particulier permet donc d'envisager diverses fonctions sans les circonscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cilia Bezzan (1972) est critique et historienne d'art ind&#233;pendante. Elle vit et travaille &#224; Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bio</title>
		<link>http://ericangenot.net/Bio</link>
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		<dc:date>2005-08-31T11:37:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Angenot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Eric Angenot est n&#233; &#224; Verviers, Belgique, en 1966. Passionn&#233; de biologie ; marqu&#233; par l'h&#233;ritage de l'abstraction moderniste autant que par les cultures archa&#239;ques pr&#233;-industrielles ; influenc&#233; par le &lt;br class='autobr' /&gt;
cyber-f&#233;minisme, Eric Angenot r&#233;alise des &#339;uvres &#224; l' hybridit&#233; singuli&#232;re, &#224; la fois famili&#232;re et inqui&#233;tante, en fragile &#233;quilibre entre fiction et r&#233;alit&#233;.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a particip&#233; &#224; de nombreuses exposition, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, en France,...
&lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement &#224; sa pratique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://ericangenot.net/Textes" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Eric Angenot est n&#233; &#224; Verviers, Belgique, en 1966. Passionn&#233; de biologie ; marqu&#233; par l'h&#233;ritage de l'abstraction moderniste autant que par les cultures archa&#239;ques pr&#233;-industrielles ; influenc&#233; par le &lt;br class='autobr' /&gt;
cyber-f&#233;minisme, Eric Angenot r&#233;alise des &#339;uvres &#224; l' hybridit&#233; singuli&#232;re, &#224; la fois famili&#232;re et inqui&#233;tante, en fragile &#233;quilibre entre fiction et r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a particip&#233; &#224; de nombreuses exposition, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, en France,...&lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement &#224; sa pratique personnelle, Eric Angenot &#233;labore des projets collectifs qui visent &#224; cr&#233;er d'autres modalit&#233;s de rencontres autour des pratiques artistiques : &#171; Corps-Machine &#187;,s&#233;minaire organis&#233; pour l'ERG, &#224; Bruxelles en 2011, &#171; Rencontres dans l'atelier &#187; depuis 2011 &#224; Montreuil, en collaboration avec Daphna Blancherie, &#171; Le Salon pr&#233;caire &#187; &#224; Paris et Bruxelles en 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eric Angenot vit entre Montreuil, en banlieue parisienne et Bruxelles, ou il enseigne &#224; l'ERG (&#233;cole sup&#233;rieure artistique).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Bonheur abordable. Entretien. 2003 Autour de la s&#233;rie des &#034;Grands Paysages&#034; des ann&#233;es 90 et de la s&#233;rie &#034;T&#233;l&#233;visions&#034;.</title>
		<link>http://ericangenot.net/Un-Bonheur-abordable-Entretien</link>
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		<dc:date>2005-06-29T12:50:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phane</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans cet entretien r&#233;alis&#233; en Mars 2003, Eric Angenot revient avec Werner Sterne sur sa production des derni&#232;res ann&#233;es (Grands paysages, t&#233;l&#233;visions, ...). &lt;br class='autobr' /&gt; Commen&#231;ons par cette s&#233;rie de grandes peintures r&#233;alistes que tu as repris sous l'appellation &#034;un bonheur abordable&#034;, quelle est la gen&#232;se de cette s&#233;rie ? &lt;br class='autobr' /&gt; Au d&#233;but des ann&#233;es 90 je travaillais dans un contexte &#034;post-conceptuel&#034; o&#249; l'id&#233;e de mort de la peinture &#233;tait dominante, Ce contexte limitait compl&#232;tement mon travail, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://ericangenot.net/Textes" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet entretien r&#233;alis&#233; en Mars 2003, Eric Angenot revient avec Werner Sterne sur sa production des derni&#232;res ann&#233;es (Grands paysages, t&#233;l&#233;visions, ...).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Commen&#231;ons par cette s&#233;rie de grandes peintures r&#233;alistes que tu as repris sous l'appellation &#034;un bonheur abordable&#034;, quelle est la gen&#232;se de cette s&#233;rie ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 90 je travaillais dans un contexte &#034;post-conceptuel&#034; o&#249; l'id&#233;e de mort de la peinture &#233;tait dominante, Ce contexte limitait compl&#232;tement mon travail, m'obligeait &#224; trouver des voies d&#233;tourn&#233;es pour peindre comme de masquer la touche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a fallu que je coupe les liens que j'avais avec ce milieu artistique pour pouvoir m'autoriser d'autres voies. Je voulais int&#233;grer dans mon travail une part d'ombre, une part de moi-m&#234;me que je n'avais pas d&#233;velopp&#233;e jusqu'alors et qui &#233;tait une culture classe moyenne de province. J'&#233;tais alors tr&#232;s int&#233;ress&#233; par la peinture allemande et am&#233;ricaine ( Georg Baselitz, David Salle, ...) , formats gigantesques, efficacit&#233; visuelle maximale. Je voulais me mesurer &#224; ces types avec des images d&#233;risoires de tourisme social dans les Ardennes belges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulais aussi travailler frontalement l'image. L'image est fondatrice pour moi et, j'imagine, pour beaucoup d'autres gens, n&#233;s dans les ann&#233;es 60 et apr&#232;s. Je crois que l'on &#233;tait une des premi&#232;res g&#233;n&#233;rations europ&#233;ennes &#224; grandir avec la t&#233;l&#233;vision et avec l'omnipr&#233;sence de l'image. J'ai l'impression d'avoir &#233;t&#233; marqu&#233; par la difficult&#233; de faire la diff&#233;rence entre l'image et la r&#233;alit&#233;. La t&#233;l&#233; et les images en g&#233;n&#233;ral &#233;taient un moyen de vivre fort, mais par procuration, et quand on a cru &#224; ces images, la vie r&#233;elle est d&#233;cevante. Mon travail dans cette s&#233;rie est une sorte de r&#233;&#233;valuation des images de la vie r&#233;elle, comme s'il fallait en passer par l&#224; pour accepter le r&#233;el.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Ces images sont-elles des fictions ou des reproductions de sc&#232;nes r&#233;elles ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'utilise des photos comme mod&#232;le de d&#233;part mais souvent j'en juxtapose plusieurs pour recomposer une r&#233;alit&#233; cr&#233;dible, un peu &#224; la mani&#232;re du copi&#233; coll&#233; informatique. Ce qui m'int&#233;resse est ce moment d'&#233;quilibre o&#249; l'image acc&#232;de &#224; plusieurs registres &#224; la fois : documentaire, arch&#233;type, fiction, sc&#232;ne de genre, ... Dans la s&#233;rie, certaines penchent plus d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre. Mais j'aime qu'apparaisse ce c&#244;t&#233; fabriqu&#233; de l'image.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Certaines de tes images semblent mettre en avant une sorte de critique, un c&#244;t&#233; acerbe.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas mettre en avant le contenu critique dans les images que je peins, mais j'aime qu'il soit pr&#233;sent comme l'une des lectures possibles de l'image. N&#233;anmoins, ce point de vue critique parle d'une exp&#233;rience personnelle et est d'abord une autocritique sur mon syst&#232;me de valeur et sur mon rapport au monde. Je pense que si je ressens intimement tel sentiment face &#224; un &#233;tat de soci&#233;t&#233;, je ne suis pas le seul &#224; le ressentir. Ce partage d'une &#233;motion intime mais collective m'int&#233;resse...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, j'aime l'id&#233;e que derri&#232;re une image a priori paisible se cache un contenu politique. Parfois il est directement perceptible comme dans &#034;Police&#034;, parfois il est plus diffus et c'est le titre qui joue le r&#244;le d'indice comme dans &#034; Tous les Animaux de la Foret &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a m'int&#233;resse aussi de travailler sur des sentiments paradoxaux, par exemple montrer des sc&#232;nes de bonheur et d'intimit&#233; dans un accrochage et placer la toile police dans un coin&lt;br class='autobr' /&gt;
induit le sentiment diffus d'un danger possible, d'une fin de l'&#233;tat de gr&#226;ce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi cette s&#233;rie sur le bonheur est li&#233;e &#224; l'instabilit&#233; actuelle de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a grandi avec l'id&#233;e que quand la crise serait finie tout irait mieux,et l'on s'aper&#231;oit aujourd'hui que ce n'est pas une crise mais un changement ontologique de soci&#233;t&#233;. Les mod&#232;les que l'on nous avait donn&#233;s se cassent la gueule et le welfare state a c&#233;d&#233; la place &#224; un sentiment de pr&#233;carit&#233; grandissant.&lt;br class='autobr' /&gt;
En un sens cette s&#233;rie &#233;tait une sorte de r&#233;&#233;valuation de ces mod&#232;les. Je ne pouvais ni les accepter totalement ni les rejeter en bloc, mais, j'avais besoin de les r&#233;&#233;valuer pour arriver &#224; construire autre chose. C'&#233;tait l'endroit d'o&#249; je pouvais penser ma place au monde.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Penser le monde &#224; partir de son village ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, en m&#234;me temps je n'habitais pas ce village, j'habitais Bruxelles, mais int&#233;grer cette part d'ombre de ma culture me semblait &#234;tre la seule position &#171; juste &#187;. Il s'agissait d'une sorte de pop r&#233;gionaliste. Je ne pouvais plus bosser en n'utilisant que le langage de la modernit&#233; appris dans les &#233;coles d'art alors m&#234;me que mon impression &#233;tait que le syst&#232;me de soci&#233;t&#233; moderne &#233;tait en train de se casser la gueule autour de moi. Je devais travailler &#224; partir de ma r&#233;alit&#233; et ma r&#233;alit&#233; &#233;tait en partie celle d&#233;crite dans ces peintures. Une r&#233;alit&#233; de peintre du dimanche que dans les milieux branch&#233;s on consid&#233;rait comme une culture de merde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Travailler &#224; partir de cette culture minoritaire me mettait dans une position d&#233;centr&#233;e. &#192; l'&#233;poque, c'&#233;tait une voie solitaire, &#224; part quelques obscurs peintres am&#233;ricains je ne rencontrais personne qui travaille dans ce sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la figuration a r&#233;apparu en force &#224; la fin des ann&#233;es 90, je me suis rendu compte que l'on &#233;tait des centaines &#224; avoir des pr&#233;occupations similaires.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En quoi la s&#233;rie t&#233;l&#233;vision est-elle connect&#233;e &#224; cette s&#233;rie un bonheur abordable ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;,J'habite maintenant la banlieue parisienne. La s&#233;rie &#034;T&#233;l&#233;visions&#034; est une r&#233;action au contexte d'hypercentralisation Parisien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les &#233;crans sont blancs, Cette s&#233;rie &#233;vacue les mod&#232;les t&#233;l&#233;visuels, l'essentiel de l'information est contenu dans le pourtour du tableau, &#224; la p&#233;riph&#233;rie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je montre est le contenant&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je montre est la t&#233;l&#233;vision et ce qu'il y a autour mais pas ce qu'il y a dedans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et en m&#234;me temps tout cela n'existe que par le cadrage sur cette t&#233;l&#233;vision.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aussi attirer l'attention sur le contenant, une sorte de clin d'oeil aux pionniers de la vid&#233;o ou du cin&#233;ma exp&#233;rimental des ann&#233;es 60 qui travaillaient sur ces donn&#233;es mat&#233;rielles ou techniques incompressibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fois je suis profond&#233;ment marqu&#233; par l'image et &#224; la fois je me m&#233;fie, je suis profond&#233;ment allergique aux mod&#232;les qu'elle v&#233;hicule. La g&#233;n&#233;ration de 68 pensait que comme elle avait fait la r&#233;volution son mod&#232;le de pens&#233;e &#233;tait valide pour les autres or pour nous il ne s'agit pas d'accepter des mod&#232;les mais de construire sa vie.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce qu'il s'agit d'une r&#233;f&#233;rence au monochrome ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, m&#234;me si j'adore les images je suis parfois lass&#233; par la saturation d'images actuelle. Cette s&#233;rie est effectivement une sorte d'aspiration au monochrome un peu comme une soif d'absolu mais cette approche du monochrome ne peut se faire pour moi que par le rapport biais&#233; de l'image. Comme si le lieu de d&#233;part pour penser le r&#233;el &#233;tait l'image, mais en m&#234;me temps j'ai soif de r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si le monochrome ne pouvait plus &#234;tre l'expression d'une mat&#233;rialit&#233; picturale pure, incompressible, physique, mais qu'il &#233;tait plus t&#244;t la simple (et rare) absence d'images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se d&#233;barrasser des images ? Je n'ai pas encore trouv&#233; la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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